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ذ.عبدالكريم موجاوي

Le Rocher des Ath Ameur

أقبوز   Akbouze

Les pérégrinations hebdomadaires avec mon défunt père étaient devenues un rendez-vous que je n’aurais jamais raté pour tout l’or du monde. Mon père, que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde, le savait mais n’en faisait guère cas. Il avait l’art de faire d’une simple promenade un vrai cours d’Histoire quand ce n’était pas une histoire à suspense[i] ; un succulent gâteau dont la cerise n’était autre qu’une leçon de morale qui participait, telle une motte en pisé, à la construction d’un édifice. Ma personne.

Un jour, alors que nous traversions la petite bourgade de Tafoughalt, chef lieu des Béni Znassen, nous bifurquâmes à droite et escaladâmes une petite éminence, vers ce qui devait être un mur d’enceinte en piètre état. J’avais appris avec mon regretté père à ne pas poser de questions avant que de constater, et de visu, ce pour quoi nous avions été là. Nous entrâmes donc à l’intérieur par une porte cochère toute rouillée qui datait de Mathusalem. L’endroit ressemblait plus à un champ en jachère qu’à un cimetière. Eh oui, il s’agit du cimetière chrétien ou de ce qu’il en restait car l’Etat français avait, quelques années après l’Indépendance du Maroc, exhumé et transporté les restes des colons enterrés sur une  terre qui n’était plus la leur, vers la mère-patrie ; mais là n’est pas notre sujet. Pour revenir à notre découverte, j’avais vite fait de saisir qu’il ne s’agissait pas d’un cimetière musulman pour cause des croix de fer comme celles incrustées dans le marbre qui avaient, je ne sais par quel miracle, échappé aux maraudeurs et aux profanateurs de tombes. Sur les quelques sépultures restantes, j’arrivais à épeler quelques noms à peine visibles et surtout le mot Pax, que mon père me traduisit comme étant le mot paix en français et Salam en Arabe.

Nous nous frayâmes notre bonhomme de chemin tant bien que mal à travers  la végétation abondante qui avait entre temps repris ses droits, vers ce qui paraissait être le centre de la nécropole. Nous nous arrêtâmes devant ce qui devait être une plateforme en béton, recouverte d’une fine mousse verdâtre. C’était  apparemment la base d’une grande stèle commémorative, comme j’allais l’apprendre par la bouche même de mon guide de père.

-Tu vois cette plateforme, mon fils ?

-Oui père ?!

Et sans attendre ma sempiternelle question et pour mettre fin à mon supplice, il se lança :

-C’est là l’assise d’une stèle commémorative à la mémoire des officiers et soldats français tombés au champ d’honneur.

-Et alors ? Est-ce qu’elle a quelque chose de particulier pour nous si ce n’est de nous rappeler un passé tragique pour notre pays ?

-Oui tu as raison si tu le vois sous cet angle fiston.

-Comment, demandai-je sans lui laisser le temps de terminer son exposé.

-Cette fois, tu me laisses terminer fils ! me lança t-il, un peu exaspéré par mon manège de poser les questions sans écouter jusqu’à la fin. Il est vrai que ce monument évocatoire ou ce qui reste de son piédestal était là pour se rappeler des soldats français morts sur le champ de bataille, nos ennemis à l’époque, mais par ricochet cette stèle honore par la même occasion d’autres combattants, inconnus ceux-là pour les descendants des gaulois !

-Mais qui sont-ils ? J’étais dans le brouillard, étant petit, Je ne voyais rien arriver.

-Je vois qu’il te faut d’urgence un cours d’Histoire, pas de ceux qu’on vous enseigne à l’école, bien sûr. Eh bien, tu dois savoir que les livres  d’Histoire ne disent pas tout. On vous a rempli la tête comme quoi que notre pays fût mis sous protectorat à partir de 1912 à la suite des accords d’Algesiras signés entre la France et l’Espagne avec l’approbation de l’Allemagne de l’Empereur Guillaume II, etc … Il faut savoir mon fils que depuis l’occupation de l’Algérie, la France avait de tout temps des visées sur le Royaume chérifien. Elle avait, à maintes reprises,  fait des incursions dans notre région pour tester la capacité du makhzen à réagir.  L’une des plus importantes fut celle de 1859 dirigée par le général Martimprey. Le corps expéditionnaire français s’était infiltré au Maroc à partir de notre région via « l’Algérie française » mais comme il était prévu, il se trouva confronté à une résistance farouche de la part des tribus des Béni Znassen. Et les soldats morts dont les noms étaient damasquinés sur le monument disparu, eh bien, ils ont été mis hors d’état de nuire par nos ancêtres qui étaient de terribles combattants. Imagine mon fils, la troisième puissance qu’était la France à l’époque n’était venue à bout que difficilement de pauvres hères qui étaient mal vêtus, presque tous pieds nus et qui n’étaient armés, pour la plupart, que de vieilles pétoires datant du début du 19ème siècle. Le contingent envoyé pour les déloger de leur retranchement sur les hauteurs qu’ils connaissaient comme le fond de leurs poches, avait eu du fil à retordre et sans l’intervention des renforts venus d’Oran, il aurait fini par être décimé jusqu’au dernier de ses hommes. Ils avaient mené une vraie guérilla avec laquelle une armée lourdement armée et en grand nombre ne pouvait rien. Le manque d’armes à répétition et de munitions, et devant le nombre croissant des soldats français, constitués pour la plupart de Zouaves et de tirailleurs algériens aguerris, nos guérilléros ou ce qui en restaient avaient fini par mettre bas les armes. Les survivants avaient été soit passés par les armes, soit exilés vers de lointaines contrées comme la Nouvelle Calédonie.

Puis mettant ses deux mains sur mes épaules et après un silence éloquent, il me dit avec solennité :

-Tu comprends maintenant jeune homme que cette fameuse stèle[ii] est aussi importante pour nous que pour l’ennemi d’hier ? Elle nous aurait permis, si elle avait été toujours à sa place,… elle nous aurait permis de nous rappeler ces braves entre les braves, ces hommes valeureux qui étaient tombés sur le champ d’honneur pour défendre leur terre. C’est eux les vrais héros et non les envahisseurs français. Il était de mon devoir de te parler de ce fait d’armes et de bravoure car notre défaut est que nous avons tendance à tout oublier et vite, même nos héros, ceux qui avaient écrit de leur sang l’Histoire de ce pays.

 Mon père me lorgna subrepticement, de peur de déranger mon silence. Il savait qu’il m’avait touché au plus profond de moi par son récit. Une émotion vague m’envahit et une larme se fraya son bonhomme de chemin et me réveilla de ma torpeur.  Je l’essuyai très vite mais mon manège n’échappa guère à l’œil vigilant de mon paternel. C’était une larme de joie. J’étais fier de mes ancêtres. 

Nejm-Eddine Mahla


 

[i] Cette histoire est un mélange de fiction et de faits Historiques qui ont marqué notre région de l’oriental.

[ii] Il y eut deux autres monuments semblables, l’un à Maghnia en Algérie et l’autre à Martimprey-de-Kiss,

l’actuelle Ahfir.

 

Monument à Maghnia

 

Monument à Martimprey de Kiss

 

 

 

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