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ذ.عبدالكريم موجاوي

 

Le Rocher des Ath Ameur

Une fidéleté à toutes épreuves

Ecrit par : Mohamed Mehdaoui

Traduit par : Nejm-Eddine Mahla

Dans l’un des nombreux villages de la tribu des béni Mimoun   qui surplombe les fières  montagnes des béni Znassen, habitait l’oncle Hammoudane, un humble et sage montagnard. Il avait pour animal de compagnie, chose curieuse, une petite chèvre au nom très évocateur de Nouera (…) l’animal était d’une beauté et d’une douceur captivantes. Et personne ne résistait à son charme ensorceleur. Elle se retrouva du jour au lendemain seule dans un milieu hostile à la suite du décès de sa mère puis de son père quelque temps après. L’oncle Hammoudane se donna un point d’honneur de s’occuper de la pauvre orpheline jusqu’à sa maturité. Il l’entoura de beaucoup d’attention et d’amour, et la considéra comme l’un de ses petits enfants, et dire qu’il n’en manquait pas. Il lui donnait le biberon quand elle avait faim, la soignait quand elle tombait malade. Il  n’avait du temps que pour elle jusqu’à faire des jaloux parmi les siens. Ils étaient devenus inséparables qu’elle le suivait partout et ne dormait que dans son giron. C’étaient deux âmes sœurs qui n’avaient pas de secrets l’un pour l’autre. Une belle histoire d’amour filiale en perspective et un bel exemple de fidélité à toutes épreuves. C’était un être à part, cette belle et étrange créature !

Par l’une des journées des plus nuageuses cette année-là, maître hammouddane était loin du village, dans ses alpages avec son troupeau de chèvres, pour passer le temps, Il sortit sa flûte et entama un de ses airs envoûtants dont il avait seul le secret. Aussi incroyable que cela pût paraître, quand il jouait, les bêtes s’arrêtaient de brouter et s’agglutinaient tout autour de lui, elles donnaient l’impression qu’elles savouraient ses notes doucereuses que l’écho portait à des lieues de ces pâturages. Des larmes coulèrent à flot des yeux émeraudes de la biquette ; elle était, elle aussi, comme ses congénères,  envoûtée par ces notes mélodieuses. Tout à coup, sortis de nulle part trois individus à la mine patibulaire avancèrent vers le berger mettant ainsi fin à cette agréable et étrange communion entre l’homme et l’animal. Le troupeau se dispersa dans une telle débandade que le pauvre monsieur Hammoudane n’eut même pas le temps de voir à qui il avait affaire au début. Ils l’empoignèrent, le maîtrisèrent et le jetèrent sans merci, malgré ses supplications, dans un profond puits désaffecté  tout proche… puis disparurent dans la nature comme ils étaient venus. Quelques instants plus tard, l’accalmie revenue, la pauvre bête revint sur les lieux avec l’espoir de retrouver son maître sain et sauf. Du berger ? Aucun signe ! Mais son instinct d’animal lui intima l’ordre de rester sur place. Alors dans un manège aussi saugrenu que puéril, la chèvre commença à tournoyer autour du puits tout en émettant des bêlements stridents et ininterrompus. Elle savait que son pauvre ami est dans les profondeurs du puits. Mais que faire ? Elle n’avait aucune possibilité de l’extirper de ce guêpier. La nuit la surprit et comprit alors qu’elle n’avait qu’un seul recourt. Elle dévala avec la vitesse de l’éclair le sentier escarpé de la montagne comme le feraient ses cousins éloignés que sont les mouflons à barbe de Tafoughalte. En un temps record, elle se retrouva devant la porte du Mas de son pauvre parrain. Elle gratta le sol de ses pattes, bêla de toutes ses forces puis encorna tant qu’elle put  la  lourde porte rustique en chêne-liège du céans  de ses maîtres. Par l’embrasure, la femme vit le manège de l’animal et compris qu’un malheur était arrivé là-haut. Chose qui l’avait confortée dans ses craintes, la chèvre s’introduisit de force à l’intérieur et commença à mordiller les froufrous de la bédiïa[i] comme pour la sommer de la suivre. La vieille femme sortit en trombe, avertit ses fils qui prirent le chemin des alpages. Une fois sur place, ils entendirent des gémissements émanant du puits, ils  confectionnèrent une corde de fortune puis l’un d’eux descendit et aida le blessé à remonter. Le pauvre vieillard qui avait une jambe cassée, perdit connaissance ce qui permis à ses enfants de lui placer des attelles de fortune à la jambe puis une civière pour lui permettre de mieux supporter le chemin du retour. En cours de route, la chevrette ne cessa de sautiller et de gambader tout autour de la petite troupe. On aurait dit qu’elle était toute heureuse de voir son grand ami encore de ce monde. On pourrait déceler  un soupçon d’orgueil dans son manège. N’avait-elle pas sauvé d’une mort certaine monsieur Hammoudane ?

Revenu à lui après des heures de sommeil réparateur, le blessa remarqua avec allégresse que la petite caprine se blottissait contre son corps comme pour le réveiller de son long repos. Malgré la douleur intense qui le submergeait, le paysan se rapprocha tant bien que mal de l’animal et posa un baiser sur sa tête, et quand il apprit par la suite tout ce qu’elle avait fait pour lui, il l’entoura de ses bras en signe de remerciements et dit cette phrase sentencieuse :

-Ma très chère enfant, tu as plus de compassion pour moi que mes propres frères.

Intriguée par ces paroles ambiguës, sa femme l’interpela :

-Que viennent faire ici vos frères ?

Il répondit, les yeux pleins de larmes:

-Ils n’ont rien à envier aux frères de Joseph, le prophète, ils ont tenté de m’occire pour se partager l’héritage. Ils ont été aveuglés par l’appât du gain et le diable leur a insufflé l’idée machiavélique de se débarrasser de ma personne, ni vu ni connu…

Après un lourd silence qui disait long sur la stupeur des membres de la famille, la compagne de monsieur Hammoudane ajouta avec philosophie :

-Les voix du seigneur sont impénétrables, il viendra le moment où ils paieront de leur crime abject. Dieu est grand, il pourvoira à ta vengeance.

Monsieur Hammoudane qui était entré dans un mutisme qui en dit long sur son état d’âme, sur son amertume, se reprit et ajouta calmement :

-Je viens de me rendre compte à quel point les animaux sont plus miséricordieux que les êtres humains. Une petite chèvre comme Nouera a prouvé sa fidélité à son maître au moment où mes frères, le sang de mon sang, m’ont tourné le dos et, pire encore, ils n’ont point hésité à attenter à ma vie pour de l’argent, faisant ainsi fi de tout ce qui nous lie et fait de nous des être humains.     

 


[i] Longue robe de facture artisanale propre à la région des béni Znassen et de Kabdana.

 

 

                                                                                                                                   Ecrit par : Mohamed Mehdaoui

Traduit par : Nejm-Eddine Mahla

 

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