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ذ.عبدالكريم موجاوي

 

Le Rocher des Ath Ameur

La chèvre patriote

Ecrit par : Mohamed Mehdaoui

Traduit par : Nejm-Eddine Mahla

Non loin de Tafoughalte chef-lieu des béni Znassen, se trouve Sidi Bouharia, une petite bourgade de quelques centaines d’âmes, plus connue sous le nom éponyme de son marché hebdomadaire de Souk El Had. C’est le rendez-vous incontournable des gens de la région, ceux des plaines comme ceux des hauteurs. C’est l’occasion pour eux de se ravitailler en provisions indispensables mais aussi pour se rencontrer et se ressourcer. Le Znasni qui se respecte ne raterait pour rien au monde les séances du fabuliste avec ses talents   d’improvisation, les paroliers et leurs chants populaires, le tout couronné par une tablée sous les tentes autour d’un grand plat de viande hachée et un verre de thé aux arômes enivrantes. Là, les gens se mettent aux faits des ragots et des événements qui ont marqué les villages et les bourgs environnants durant la semaine écoulée. Toutefois, à ce moment-là c’est les nouvelles de la résistance locale dont les gens étaient friands. Tout un chacun avait quelqu’un dans le maquis. La moindre information était la bienvenue… Seulement, rien ne filtrait car les autorités d’occupation avaient la fâcheuse habitude de déployer leur  mouchards pendant la durée de ces marchés, car pour passer inaperçus, il n’y a pas mieux qu’une cohue tumultueuse.

Sous les tentes devant un auditoire nombreux et attentif, le conteur entamait son conte, parfois c’est Saif bni dhi yazan, quand ce n’est pas Antara ou les voyages fabuleux de Sindbad le marin. Une narration aussi longue qu’un roman fleuve avec des digressions, des descriptions pittoresques et des suspenses à retenir son souffle jusqu’à entendre une mouche voler. Les gens en avaient pour leur argent.

Parmi les histoires qu’on se partageait, il y’avait celle de monsieur Hammoudane et de sa chevrette. On racontait que l’oncle Hammoudane, comme on aimait l’appeler, avait une petite chèvre d’une grande intelligence pour un animal. Elle était d’une beauté incomparable avec ses poils longs et soyeux, des yeux cristallins et une démarche altière et pleine d’entrain. Sa voix était comme un baume pour le malade, son pelage avait une couleur pie, faisant d’elle un vrai chef-d’œuvre de la nature qui faisait rêver plus d’un…

Un jour, une estafette apporta une missive disant que maître hammoudane cachait dans sa ferme un stock d’armes qu’il venait de réceptionner au  port de cap de l’eau en attendant de l’acheminer aux résistants dans le maquis de Ain d’Almou. Une escouade de légionnaires encercla la maison du paysan qui eut juste le temps de se cacher sous un tas de foin au fond de l’écurie. La maison fut passée au peigne fin mais sans résultat, puis vint le tour de l’étable. Les animaux commencèrent à crier à la vue de ces visages inconnus créant ainsi un tintamarre ahurissant qui mit à mal les oreilles délicates des soldats. Pendant cette symphonie grinçante, Maâzouza, la chèvre du maître de céans était restée plantée à sa place, elle suivait de ses yeux vert clair sans broncher le saccage de l’écurie. Soudain, elle se déplaça vers la meule de foin où était tapi son maître. Cela pourrait paraître incroyable, mais elle venait de le sauver in extrémis des soldats car de son corps, elle cacha une partie du pied qui n’était pas couverte de paille. Malgré le zèle qu’ils avaient montré dans leur fouille, les soldats revinrent bredouilles. Par dépit, ils tirèrent quelques salves de mitraillettes en l’air ce qui fit croire aux habitants que les français venaient d’abattre leur pauvre voisin et ami. Tout le monde accourut vers la maison de monsieur Hammoudane pour s’enquérir de ce qui était arrivé et d’exprimer, le cas échéant, leur condoléance à ses proches. Grande était leur stupeur quand ils virent monsieur Hammoudane en train de serrer dans ses larges bras sa chèvre et lui faire des câlins, et l’animal qui s’apprêtait à merveille au jeu. Le vieil homme leur raconta les tenants et les aboutissants de ce qui s’était passé et leur émerveillement s’accrut devant cet animal hors de commun. Aussi, devint-elle depuis ce jour-là la coqueluche du village. On ne parlait que d’elle et de sa sagacité quasi humaine. Elle entra dans les annales de l’Histoire comme la première chèvre patriote du pays, qui sait peut-être même du monde. Ce titre honorifique n’échappa pas aux espions des français qui le mentionnèrent dans leurs rapports. Comme la bêtise n’avait pas de frontière ni de race d’ailleurs, la tête de Maâzouza fut mise à prix. Son nouveau statut de chèvre appartenant à la résistance lui procura le respect de tous, animaux comme êtres humains. De ce fait, elle était devenue intouchable de par sa notoriété de membre à part entière de la Résistance. Elle fut depuis affublée du titre ô combien convoité de : Princesse de la forêt…

Deux jours après cet événement hors de commun, oncle Hammoudane envoya Maâzouza sur les hauteurs de Almou avec un message caché dans la sacoche qui couvrait ses pis comme c’était de coutumes dans la région à l’époque. Par ce message, il  informait le groupe  de Ténissane de l’arrivée des armes et de l’opération d’envergure contre l’ennemi qui était en phase finale avec la participation effective des différentes factions combattantes des béni Znassen. De la réussite de cette opération dépend la poursuite de la résistance dans la région des Béni Znassen. Ayant mené à bien sa mission, la chèvre  revint sur ses pas toute guillerette. Malheureusement, sur le chemin du retour, une balle traîtresse d’un légionnaire la mit raide morte. Ils se paradèrent à travers les villages avec le corps sanguinolent de la pauvre bête. Toute la région en fut secouée, attristée et abattue. On déclara un deuil de trois jours. Ayant appris le martyr de sa chère chèvre, oncle Hammoudane la pleura à chaude larmes, il en tomba malade. Pendant plusieurs jours, il évita de s’approcher de l’étable dont chaque recoin lui rappelait la pauvre Maâzouza.

Pendant la cérémonie funéraire organisée à sa mémoire, le vieil homme, dans une oraison funèbre très touchante, dit ses mots d’une voix mélancolique mais pleine de force : «chers compatriotes, voici une petite chèvre qui vient de nous donner un grand exemple de sacrifice pour une noble cause, pour vous, pour nous tous qui sommes là à la pleurer. Elle vient de nous donner une grande leçon de liberté et d’indépendance. Prenons exemple sur elle. Elle est décédée en faisant son devoir. Elle est l’exemple même de la fidélité et de la loyauté. Une denrée rare, surtout parmi le genre humain… »

Le pauvre homme ne put s’empêcher de donner libre cour à son émotion. Il s’arrêta pour essuyer ses larmes et ajouta : « Gens de Almou… frères de Foughal… prenez exemple sur plus petit que vous. Toute la race animale a chanté les louanges de la victoire. Notre victoire ! D’ailleurs, les chevaux qui renâclent, piaffent et se cabrent d’impatience, ces nobles destriers qui ont été de toutes les batailles qu’avaient menées nos ancêtres et que nous continuons à mener, en sont l’exemple vivant. Je vous invite, je vous en conjure, gens des béni Znassen de ne pas baisser les bras, l’ennemi est devant nous là-bas dans la plaine, et il n’y a qu’une vie. Oyez, oyez hommes des hauteurs, marcheurs des plaines et habitants des marais, serrez vos rangs et su à l’ennemi… A la grâce de Dieu ».    

 

                                                                                                                                   Ecrit par : Mohamed Mehdaoui

Traduit par : Nejm-Eddine Mahla

 

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